juillet 2009
Les Moments Littéraires N° 22
Depuis plus de vingt ans, l’œuvre de Fred Deux joue un rôle dans ma vie.
Ça a commencé par un geste, un mouvement du bras qu’il avait, ou qu’il aurait eu.
juin 2007, nouvelle
Midi n°25
Les nuages s’amoncelaient mais il y avait encore un peu de ciel bleu. Je me demandai s’il n’allait pas pleuvoir. Je n’avais pas beaucoup de temps pour cette promenade, mais je voulais encore ce soir marcher sur le chemin qui ressemble au lit d’un torrent, descend au milieu de vignes aussi hautes que moi, bifurque avant d’arriver à la rivière et remonte la colline. C’était magique de marcher entre les rangées de vignes aussi épanouies qu’une forêt tropicale, d’entendre le bruit de la rivière cachée derrière les arbres et de revenir à flanc de coteaux, sous les vignes, pour arriver loin après la sortie du village. Je débouchais sur la grand-route, je rentrais d’un voyage.
juin 2006
Midi n°23
Je découpe tous les jours dans le journal des articles, un entrefilet, un reportage, une phrase.
Je découpe, je mets de côté, je pose sur une pile qui monte. Sans classement. Un temps j'ai classé, j'ai dû varier, augmenter les titres des dossiers que je faisais, ils n'étaient jamais appropriés parce que le sujet de l'article débordait, "Lieux" "Géographie" "Histoire" "Animaux" "Biographies". De toute façon ce classement, cette disposition en "sujets" n'avait aucune raison puisque j'ai compris peu à peu que tous ces articles découpés je n'en ferai rien de manière directe.
Il fallait juste que par ce geste d'extraire avec les ciseaux......
janvier 1983, une présentation et un choix de Lettres
Gallimard, NRF n°360
Virginia Woolf écrivait en général plusieurs lettres par jour, grappillant quelques minutes ici ou là. ET c'est justement cette précipitation-là qu'elle recherche. Ses lettres ne lui semblent "possibles" que parce qu'elle ne se relit jamais.
" Si je réfléchis une minute, je dois les détruire."
Il lui paraissait impossible d'écrire des lettres sérieuses après quarante ans.
mai 1982, Chronique
Gallimard, NRF n°352
Virginia Woolf est méconnue. Quand son nom circule, chacun professe de l'estime. Bien peu seraient à même de l'étayer. L'oeuvre semble souvent enveloppée d'un épais brouillard. Mais des images de Virginia circulent. Elles ne sont pas fausses. Une femme de la "haute société", snob, égoïste et terriblement intellectuelle, drôle, sans indulgence.
Et qui a trempé dans la folie. Son suicide est aujourd'hui un cliché. Sa silhouette s'enfonçant dans l'Ouse un jour de printemps 1941, laissant derrière elle sa canne plantée sur la berge, sert de raccourci à quarante ans de lutte avec l'écriture.
Un ersatz à l'oeuvre elle-même.